Participation électorale

L’INM propose d’instituer un rite de passage civique pour les jeunes

«L’abstention électorale des jeunes est un drame. Il faut une réforme radicale pour renverser la tendance durablement».

Geneviève Baril
Directrice, Développement des compétences et mobilisation citoyenne
Institut du Nouveau Monde

Pour renverser de manière durable la tendance à l’abstention électorale des jeunes, il faut une réforme radicale. Le déclin du vote des jeunes est un drame. C’est une menace à notre démocratie. L’Institut du Nouveau Monde (INM) propose de débattre d’une stratégie audacieuse qui s’appuie en premier lieu sur l’institution d’un rite de passage civique à la fin de l’adolescence.

Cette stratégie, qui fait la synthèse des résultats de consultations menées par l’INM, suppose des réformes d’envergure. Elle s’appuie sur une conception renouvelée de la démocratie, où la participation électorale est non seulement souhaitée, mais attendue et encouragée, et dans laquelle voter est plus qu’un droit, c’est un devoir et une responsabilité.

Le rite de passage civique s’articule autour de cinq réformes substantielles:

1. un cours obligatoire d’éducation à la citoyenneté en 3e année du secondaire;
2. le droit de vote à 16 ans;
3. un service civique volontaire pour les jeunes de 16 à 24 ans;
4. l’institution du vote obligatoire incluant la possibilité du vote blanc;
5. et l’instauration d’un mode de scrutin partiellement proportionnel.

Nous savons que ces réformes ne font pas l’unanimité. Il faudra en débattre. Nous croyons que la feuille de route exposée ici est bonne. Mais si ces idées ne sont pas retenues, nous invitons ceux qui les mettent en doute à proposer des alternatives qui permettront d’atteindre les mêmes buts. Ne rien faire est inacceptable. L’Institut du Nouveau Monde recommande que, après les élections du 7 avril 2014, un vaste débat sur cette question soit entamé.

Cinq réformes audacieuses

Ces cinq réformes sont liées et se justifient par les résultats de recherche.

1. L’éducation à la citoyenneté est le moyen le plus sûr d’intéresser les jeunes à la politique. Or la principale raison de l’abstention électorale des jeunes est qu’ils ne comprennent pas en quoi la politique est utile dans leur vie. Un cours obligatoire d’éducation à la citoyenneté devrait être donné en 3e secondaire, un moment où l’école est obligatoire, pour s’assurer que tout le monde y soit sensibilisé. De plus, une simulation de vote devrait être systématiquement offerte à tous les élèves québécois, et ce, à chaque élection.

2. L’abaissement à 16 ans de l’âge où l’on acquiert le droit de vote se justifie dès lors. Le jeune vient de recevoir une éducation civique qui le prépare à exercer son droit de vote en connaissance de cause. Il est motivé et accompagné dans cette démarche. C’est ici que s’instaure le rite de passage civique que nous proposons. Tous les jeunes de 16 ans, toujours sur les bancs d’école, vont voter en même temps pour la première fois dans un contexte institutionnel (l’école) qui soutient cet engagement. Une célébration de l’obtention du droit de vote, semblable à celle accompagnant l’acquisition de la citoyenneté par les immigrants, devrait être instituée.

3. Il est démontré que l’engagement et la participation suscitent encore plus d’engagement et de participation. L’engagement civique entraîne la participation électorale. Une façon de soutenir l’engagement et la participation des jeunes une fois qu’ils ont quitté l’école secondaire est de leur offrir la possibilité de servir leur communauté. Le livre blanc sur la future politique de la jeunesse rendu public récemment propose d’instaurer un service civique (ou service citoyen) volontaire pour les jeunes de 18 à 24 ans. En cohérence, le service civique pourrait être offert à partir de la fin du secondaire. Le service civique participerait au rite de passage.

4. Pour bien marquer le fait que le vote n’est pas seulement un droit, mais un devoir, nous croyons qu’il y a lieu d’envisager de rendre le vote obligatoire, une formule qui existe dans une trentaine de pays dont la Belgique et l’Australie, des pays comparables au nôtre. Le vote obligatoire devrait permettre d’enregistrer les abstentions volontaires, par ce que l’on appelle le vote blanc, qui permet d’exprimer le rejet de tous les partis en lice si aucun ne satisfait ses aspirations. Le vote obligatoire aurait aussi pour effet d’obliger tous les partis à s’intéresser non seulement à leur clientèle acquise, mais à tous les citoyens, y compris les jeunes.

5. Enfin, les recherches indiquent que l’une des raisons pour lesquelles des jeunes ne vont pas voter est qu’ils ont le sentiment que leur vote ne compte pas s’ils appuient un tiers parti ou s’ils appuient un parti dominant, mais dont les chances de l’emporter dans sa circonscription sont faibles. En instaurant un nouveau mode de scrutin incluant une part de proportionnelle, comme cela a été proposé il y a quelques années dans un projet de loi déposé à l’Assemblée nationale, les citoyens auraient le sentiment que leur vote compte. Cela ferait tomber une objection au vote obligatoire.

Invitation à un vaste débat

L’abstention électorale des jeunes est un drame. Malgré un sursaut en 2012, dont on ne sait s’il se confirmera le 7 avril, il faut des réformes radicales pour renverser durablement une tendance néfaste pour notre démocratie. Le déclin de la participation électorale générale s’explique en effet par la chute de celle des jeunes. Rehausser cette participation devrait être une priorité nationale.

L’Institut du Nouveau Monde recommande que, après les élections du 7 avril 2014, un vaste débat sur cette question soit entamé afin de déterminer quelles réformes, celles que nous proposons ou d’autres, seraient les plus aptes à résoudre ce problème qui est une menace à notre démocratie.

Pour en savoir plus sur cette proposition, téléchargez la version longue en PDF >

 

voter1