Le vote, «rite de passage» civique à créer

Cette lettre a d’abord paru dans Le Devoir le 13 mars 2014.

Par Geneviève Baril, directrice du développement des compétences et de la mobilisation citoyennes.

Pour renverser durablement la tendance à l’abstention électorale des jeunes, il faut une réforme radicale. Celle-ci doit s’appuyer sur une conception renouvelée de la démocratie où la participation électorale est non seulement souhaitée, mais attendue.

Nos recherches nous conduisent à soumettre au débat l’idée d’instituer un rite de passage civique pour les jeunes à l’école secondaire, assortie de cinq réformes qui, articulées les unes aux autres, auraient un impact certain: un cours obligatoire d’éducation à la citoyenneté en 3e secondaire; le droit de vote à 16 ans; un service civique volontaire pour les jeunes de 16 à 24 ans; l’institution du vote obligatoire incluant la possibilité du vote blanc; et l’instauration d’un mode de scrutin partiellement proportionnel.

Le déclin du vote des jeunes, qui était passé sous les 36% en 2008 pour les 18 à 24 ans avant un sursaut en 2012, est un drame, car un jeune qui ne vote pas la première fois risque de ne jamais voter dans sa vie. La solution ne peut qu’être audacieuse.

L’éducation à la citoyenneté est le moyen le plus sûr d’intéresser les jeunes à la politique. Or l’une des principales raisons de l’abstention électorale des jeunes est qu’ils ne comprennent pas en quoi la politique est utile dans leur vie. Un cours obligatoire et dédié d’éducation à la citoyenneté devrait être donné à la fin du secondaire, les dernières années où l’école est obligatoire, pour s’assurer que tout le monde y est sensibilisé.

L’abaissement à 16 ans de l’âge où l’on acquiert le droit de vote se justifie dès lors. Le jeune vient de recevoir une éducation civique qui le prépare à exercer son droit de vote en connaissance de cause. C’est ici que s’instaure le rite de passage civique que nous proposons. Une célébration de l’obtention du droit de vote, semblable à celle accompagnant l’acquisition de la citoyenneté par les immigrants, pourrait être instituée.

L’engagement civique entraîne la participation électorale. Le service civique, proposé dans le dernier livre blanc sur la politique de la jeunesse, créerait pour eux des occasions de servir leur communauté et d’acquérir le sens civique, et compléterait le rite de passage.

Pour bien marquer le fait que le vote n’est pas seulement un droit, mais un devoir, nous croyons qu’il y a lieu d’envisager de rendre le vote obligatoire, une formule qui existe dans une trentaine de pays. Le vote obligatoire devrait permettre d’enregistrer les abstentions volontaires — le vote blanc, qui permet d’exprimer le rejet de tous les partis en lice si aucun ne satisfait ses aspirations. Le vote obligatoire aurait aussi pour effet d’obliger les partis à s’intéresser non seulement à leur clientèle acquise, mais à tous les citoyens.

Enfin, les recherches indiquent que l’une des raisons pour lesquelles des jeunes ne vont pas voter est qu’ils ont le sentiment que leur vote ne compte pas s’ils appuient un tiers parti ou que leur circonscription est une forteresse d’un parti opposé. En instaurant un nouveau mode de scrutin comptant une part de représentation proportionnelle, les citoyens auraient le sentiment que leur vote compte.

Pour renverser durablement cette tendance nuisible à notre démocratie, il faut aller au-delà des campagnes de sensibilisation menées à la veille des scrutins. Ces campagnes sont utiles. L’Institut du Nouveau Monde mène d’ailleurs la sienne en vue du scrutin du 7 avril 2014 avec le soutien du Directeur général des élections (cacompte.org ). Mais il faudra bien plus. Le débat est ouvert.