Résultats

L’INM a organisé, à la demande du ministre Pierre Duchesne, quatre forums citoyens dans quatre villes du Québec entre le 12 janvier et le 2 février. Ces activités ont permis à près de 500 citoyens de s’exprimer sur les enjeux qui seront débattus lors du Sommet sur l’enseignement supérieur, les 25 et 26 février 2013.

Ce rapport a été produit à partir des contenus exprimés par les participants de ces activités et a été remis au ministre pour considération en vue du Sommet.

Téléchargez le rapport des forums citoyens (il contient les points saillants).

Voici une vidéo qui donne un aperçu des discussions ayant eu lieu lors de ces activités citoyennes.

 

Consultez aussi les éléments de synthèse du rapport de l’École d’Hiver Spécial Sommet.

Points saillants

Voici les points saillants tirés des résultats des quatre forums citoyens sur l’avenir de l’enseignement supérieur, organisés par l’Institut du Nouveau Monde en janvier et février 2013 en vue du Sommet sur l’enseignement supérieur.

La qualité de l’enseignement supérieur

• Pour les citoyens qui ont participé aux quatre forums, une université de qualité est une université qui forme des citoyens libres et compétents et qui contribue au développement de la collectivité en servant ses besoins.
• Les palmarès ne sont guère populaires auprès des participants, car ils sont constitués d’indicateurs quantitatifs qui ne recouvrent pas toute la réalité de l’apprentissage. D’aucuns voient dans ces instruments des outils de marketing peu utiles pour mesurer la qualité réelle de l’enseignement prodigué.
• Le concept d’« assurance qualité », emprunté au monde de l’économie, suscite beaucoup de méfiance. Ce concept « induit une attitude d’usager et de client », met l’accent « sur la rentabilité et la formation de la main-d’œuvre » et accorde plus de prestige « à la valeur marchande plutôt qu’aux valeurs intellectuelles, esthétiques ou morales ».
• La création d’une instance indépendante chargée de l’évaluation des universités recueille un appui mitigé. Il n’y a pas de consensus à ce sujet. La création d’une telle instance pourrait se justifier davantage pour assurer une meilleure coordination entre les universités, notamment dans l’établissement des nouveaux programmes.
• L’idée d’élaborer une charte nationale des universités québécoises pour énoncer les principes, valeurs et objectifs nationaux en matière d’enseignement supérieur a trouvé preneur à Montréal.
• À Saguenay, les citoyens ont proposé de poursuivre le dialogue social engagé avec la population au-delà du Sommet et ainsi « tabler sur l’intelligence collective » pour promouvoir l’éducation comme valeur fondamentale et améliorer notre système d’enseignement supérieur.

L’accessibilité et la participation aux études supérieures

• L’accessibilité aux études supérieures est l’une des grandes priorités exprimées par les citoyens qui ont participé aux forums.
• Nulle part n’a-t-on remis en question le principe hérité de la Révolution tranquille voulant que l’enseignement supérieur soit un bien public qui doit être financé très majoritairement par les fonds publics. L’éducation est un droit, a-t-on fait valoir, et ce, jusqu’à l’université.
• Dans les quatre villes que nous avons visitées, les citoyens ont exprimé une aspiration forte pour la gratuité des études universitaires, sans pour autant majoritairement la réclamer pour maintenant. Des citoyens ont affirmé, notamment à Gatineau et à Montréal, que la gratuité était réaliste, faisable et souhaitable, et qu’il suffirait que l’on en fasse un choix politique clair, un « choix de société », pour qu’elle advienne. Plusieurs citoyens ont cependant estimé que le moment n’était pas approprié, compte tenu du contexte budgétaire et de l’état de l’opinion publique. À Rouyn-Noranda, la majorité des membres de l’atelier chargé de réfléchir à la contribution des étudiants au financement de leurs études ont appuyé la « gratuité graduelle ». À Saguenay, on a atteint un « quasi-consensus » pour la gratuité, mais en acceptant une « gradation dans son implantation ».
• Partout, les participants ont insisté pour dire que l’accessibilité financière n’est pas uniquement liée aux droits de scolarité. Le coût du logement a été mentionné comme représentant une des contraintes les plus importantes. Les citoyens ont proposé d’améliorer l’Aide financière aux études, que celle-ci soit indexée au coût de la vie et que le calcul de l’aide tienne compte du coût réel de subsistance de l’étudiant. Cela implique de tenir compte également de la contribution parentale réellement versée. L’aide pourrait aussi être mieux modulée en fonction des réalités régionales ou pour certains groupes sociaux. II a été proposé que le programme d’Aide financière aux études offre de plus en plus de bourses et de moins en moins de prêts pour réduire l’endettement étudiant.
• Les participants ont massivement insisté sur l’impact majeur de la présence d’une université sur la fréquentation et la diplomation universitaires d’une région. Pour accroître l’attraction de l’université, il faut cependant lui permettre d’offrir les programmes que veulent les étudiants et ceux qui répondent aux besoins de la région. Le financement doit tenir compte des particularités des régions.
• Les participants au forum de Gatineau ont appuyé les revendications de l’Alliance pour la cause de l’enseignement supérieur en Outaouais en faveur d’une bonification de l’offre de programmes et d’un rehaussement du financement. On estime en Outaouais que la région mérite une forme de « rattrapage » à cet égard.
• Le rôle stratégique des collèges pour favoriser l’accessibilité géographique à l’enseignement supérieur a été souligné partout, de même que l’intérêt d’accroître la collaboration entre les deux ordres d’enseignement, par exemple en étendant à un nombre plus élevé de disciplines le principe du DEC-BAC.
• Les avis sont partagés au sujet des campus délocalisés. On les appuie à condition qu’ils n’entrent pas en concurrence avec les universités situées sur le même territoire et que l’enseignement qui y est prodigué soit de qualité équivalente à celui donné sur le campus principal.
• En amont, les citoyens ont suggéré que l’on poursuive le travail déjà entamé pour favoriser la persévérance scolaire dès la petite enfance et jusqu’au secondaire – pour ainsi donner le goût aux jeunes de continuer leur parcours éducatif jusqu’à l’université et consolider leur capacité à le faire –, que l’on s’attaque sérieusement à l’analphabétisme et que l’on réduise la pauvreté.
• Une fois inscrit, l’étudiant a besoin que l’on crée des conditions favorables à la poursuite de ses études, tant par un accompagnement adéquat que par des conditions financières avantageuses, afin qu’il complète son parcours et obtienne un diplôme.

La gouvernance et le financement des universités

• Un constat qui ressort des quatre forums citoyens est celui d’une méconnaissance des règles de gouvernance des universités. Les citoyens réclament, en second lieu, une plus grande transparence. Il a été suggéré que le vérificateur général du Québec puisse examiner la gestion des universités à charte. On s’entend généralement pour dire qu’il faut « mettre fin à la culture de la concurrence et passer à un mode de collaboration dans le réseau des collèges et des universités ».
• Les citoyens ont recommandé que l’administration des établissements d’enseignement supérieur relève d’un conseil d’administration où au moins 50 % des membres proviennent de la communauté universitaire (étudiants, professeurs, personnel).
• À Montréal, les citoyens ont affirmé que les mécanismes de financement des universités sont « obscurs pour le citoyen ». Ce manque de clarté vient « saper le débat ». Il devient notamment très difficile de se prononcer sur la question du sous-financement des universités. La réaction de plusieurs citoyens a été de souhaiter que l’on s’entende d’abord sur les besoins et les priorités, pour ensuite déterminer s’il faut ajouter du financement aux universités et, si oui, à quel point. Les citoyens réclament des preuves.
• Les participants de Montréal ont l’impression que le pacte social sur lequel les Québécois s’étaient entendus, à l’époque du Rapport Parent, concernant le financement des universités s’est effrité et demandent la conclusion d’un nouveau pacte.
• Les citoyens croient que la formule de financement des universités, adoptée en 2000 et fondée sur le paiement à 100 % du coût pondéré d’un étudiant équivalent temps complet, a provoqué trop d’effets pervers et qu’elle devrait être révisée. L’un de ces effets serait d’avoir suscité une concurrence entre les universités pour le recrutement du plus grand nombre d’étudiants. La formule désavantagerait les régions moins populeuses.

La contribution des établissements et de la recherche au développement de l’ensemble du Québec

• Les interventions des participants ont porté moins sur le positionnement du Québec dans la société du savoir à l’échelle mondiale, par exemple, que sur les meilleures façons pour les collèges et les universités de mettre l’enseignement et la recherche au service de la société québécoise.
• L’une des fonctions des établissements d’enseignement supérieur est bien entendu de former des professionnels et des techniciens capables de répondre aux besoins du marché du travail. Les participants ont formulé une mise en garde : plus une formation est pointue, c’est-à-dire plus elle est liée de façon précise à un emploi, « moins ça dure longtemps ». Associer la formation aux besoins du « marché du travail » est trop limité. Il faut plutôt arrimer la formation aux « besoins de développement » de la société.
• « Les universités en région ont été créées pour servir au développement des régions et cette mission doit être confirmée et renforcée. »
• Les participants de Montréal souhaitent que les établissements d’enseignement supérieur contribuent à la diffusion et à la démocratisation « des savoirs » et favorisent le croisement des savoirs populaires avec ceux développés et conservés dans les laboratoires et les chaires de recherche. Ils ne veulent pas que les universités se mettent principalement au service de la croissance économique. Ils veulent qu’elles s’attaquent en priorité aux maux qui rongent notre civilisation : le décrochage scolaire, le dysfonctionnement du système de santé, les affres de la société de consommation, la destruction de l’environnement, les changements climatiques, la pauvreté et l’exclusion sociale. « Les professeurs et les étudiants doivent descendre dans la rue, se mêler aux organismes communautaires et citoyens pour contribuer aux débats qui s’y déroulent et surtout pour apprendre à leur tour. » Ils suggèrent l’établissement d’un service civil (ou service citoyen) obligatoire durant les études pour compléter la formation académique des étudiants par une formation citoyenne qui suscite l’engagement et la responsabilité.