Résultats

En vue du Sommet sur l’enseignement supérieur, l’Institut du Nouveau Monde a organisé, à la demande du ministre Pierre Duchesne, une École d’hiver Spécial Sommet, les 25, 26 et 27 janvier, pour permettre à des jeunes citoyens de s’exprimer sur les enjeux qui seront débattus lors du Sommet, les 25 et 26 février 2013.

Ce rapport a été produit à partir des contenus exprimés par les 450 participants de cette activité jeunesse. Il a été remis au ministre. Téléchargez le rapport complet de l’École d’hiver Spécial Sommet (il contient la synthèse).

 

Voici une vidéo qui donne un aperçu des discussions ayant eu lieu lors de cette activité jeunesse.

Consultez aussi les faits saillants du rapport des forums citoyens sur l’avenir de l’enseignement supérieur.

Synthèse

Voici une synthèse des résultats de l’École d’hiver Spécial Sommet sur l’avenir de l’enseignement supérieur, réservée aux jeunes de 15 à 35 ans, organisée par l’Institut du Nouveau Monde les 25, 26 et 27 janvier 2013 à l’Université Laval, à Québec.

La synthèse inclut autant les 29 énoncés formulés lors des ateliers thématiques du samedi que les 37 textes inspirants rédigés le dimanche par les jeunes réunis en équipes.


L’impulsion d’un printemps – Les jeunes participants à l’École d’hiver Spécial Sommet ont conservé une conscience aiguë du mouvement étudiant de l’hiver et du printemps 2012.

Ils expriment autant la nécessité de s’en rappeler, pour ancrer la discussion dans les valeurs et « les grandes questions soulevées derrière le bruit des casseroles », que la volonté de passer à une autre étape, celle de la discussion réfléchie et durable sur le rôle des collèges et des universités au Québec. « Une telle crise mérite plus que cinq fins de semaine d’attention », certes. « Parfois il faut se parler fort, crier. Il n’est plus nécessaire de se chicaner. Parlons-nous. Prenons le temps de nous dire les vraies affaires. Redéfinissons nos valeurs. Renouvelons nos vœux. » « L’ère des carrés est révolue. Pensons rond ! ». Le printemps « a ravivé une flamme » : faisons en sorte que dans 20 ans, « les idées du printemps érable soient faits accomplis ». En 2012, « les gens se sont tenus debout. En 2013, ils se sont assis pour penser à toi », toi l’enfant d’aujourd’hui, le citoyen de demain. « Après un rude hiver, le dégel du printemps réveilla les esprits et tous se rassemblèrent bruyamment pour faire revivre le rêve (celui du rapport Parent) trop vite oublié. Ce fut le début d’une belle histoire dans laquelle le bien commun et l’accessibilité reprirent leur place dans toutes les chaumières. »


Le Sommet, le début d’une réflexion collective

Un sommet de deux jours ne peut pas disposer des enjeux cruciaux pour l’avenir du Québec qui sont liés à l’enseignement supérieur. Les jeunes participants à l’École d’hiver ne veulent pas que le Sommet soit une finalité, mais plutôt « le début d’une réflexion collective » à laquelle participeront tous les acteurs de la société civile. Certains voudraient que le Sommet débouche sur la création d’une « nouvelle commission Parent », ou encore d’une commission permanente chargée de la poursuite des réflexions. Une « réflexion profonde et de longue durée s’impose pour créer un système d’éducation à la hauteur de nos aspirations ». Depuis l’automne, le temps a manqué, selon les jeunes, pour explorer les solutions créatives au problème du financement, par exemple. « Prenons le temps. Soyons patients. » Le lancement d’un processus menant à l’adoption d’une Charte nationale de l’éducation, un concept appuyé par plusieurs jeunes de l’École d’hiver et retenu en atelier thématique, pourrait favoriser la poursuite de cette réflexion de société.

Vers une Charte de l’éducation
Énoncé 20 : Que la société québécoise élabore une Charte nationale sur l’éducation à travers un processus consultatif démocratique.


Un projet humaniste unissant la mobilité sociale des individus à l’enrichissement collectif

La vision de l’éducation qui émane des textes produits par les participants à l’École d’hiver est empreinte d’humanisme. Son but doit être « l’épanouissement de l’individu » et « l’enrichissement collectif ». « Le savoir n’est pas monnayable », « n’est pas une marchandise ». L’éducation « n’est pas un bête instrument économique ». Mais elle inclut une formation professionnelle et ouvre les portes du marché du travail. Elle ne s’y limite pas, évidemment. Elle ne sacrifie rien « sur l’autel de la marchandisation » et reste autonome face au secteur privé. Mais elle est un « facteur de mobilité sociale et de démocratisation ». Elle sert « le bien commun ». Le collège et l’université sont là pour former des citoyens responsables, qui participent à la vie démocratique, s’engagent dans la société et qui veulent « léguer un monde meilleur à leurs enfants ». On y développe son esprit critique. Le choc des idées y est valorisé. Les diplômés ne sont pas des « reproducteurs de système mais des améliorateurs de système ». L’université diffuse « une culture humaniste et scientifique au sein de la population ». En son sein, on encourage l’implication étudiante et, même, on l’intègre à la formation (énoncé 28).

Trouver le juste équilibre
Ces deux énoncés, issus de l’atelier thématique sur la contribution de l’enseignement supérieur à la société, illustrent le principe :

Énoncé 26 : Assurer l’indépendance des universités face au marché du travail par un financement adéquat et par le développement d’un système et des processus de coopération entre universités.

Énoncé 27 : Avoir une formation générale appliquée, donnée par des enseignants, associée à un processus de mentorat, et dont les programmes sont co-construits en partenariat avec des intervenants du milieu de l’emploi.


La qualité est dans la classe

C’est dans la classe que l’essentiel se joue. La qualité de la relation avec l’enseignant et entre les pairs est soulignée à grands traits dans les textes qui ont été sélectionnés comme les plus inspirants par les participants eux-mêmes. « Le professeur est un guide qui n’impose rien et ouvre tout. » Dans la classe, on retrouve des «professeurs allumés» qui ont la passion de transmettre, qui cultivent la curiosité, le goût de savoir, qui sont disposés à accompagner les étudiants qu’ils incitent à explorer des sentiers moins fréquentés pour découvrir le monde, quitte à vivre parfois des échecs formateurs. Tous les courants de pensée sont admis. Les classes ne sont pas trop remplies. « La qualité se mesure notamment par la capacité de mettre l’apprenant au centre de son apprentissage dans la mesure où le processus est aussi important que la finalité. » Diverses modalités d’enseignement sont admises, qui s’appuient sur l’échange entre les pairs, l’usage des nouvelles technologies, la créativité, la pédagogie par projets.


L’accessibilité est non négociable

L’éducation supérieure est perçue par ces jeunes comme un droit. L’accessibilité n’est pas négociable. « L’accessibilité universelle aux études est un rêve que poursuit toujours la jeunesse québécoise. Les moyens pour y arriver sont multiples […]. L’objectif commun demeure néanmoins le même : que tous, malgré leurs revenus, leur statut social et le niveau d’éducation de leurs parents, puissent accéder à l’éducation supérieure. » On veut un système « juste et inclusif ». L’université étant un bien public et l’éducation un droit, le financement public, tiré des impôts de tous, s’impose comme la règle générale. Un parcours thématique a suggéré que l’on procède à une révision de la fiscalité des entreprises, des institutions financières et des particuliers pour trouver les revenus manquants pour financer le système à la hauteur de nos aspirations (énoncé 18).

Proposition : Cerner les causes de la non-participation aux études supérieures et s’y attaquer.

Lancer une grande enquête qualitative pour connaître le portrait et les difficultés de ceux qui aspirent à étudier ; valoriser l’éducation chez les groupes moins représentés dans les études supérieures ; faire sauter les barrières mentales, structurelles, logistiques pour permettre à tous ceux qui ont le potentiel et le désir de poursuivre des études supérieures d’accéder aux études et d’y rester (texte 29).


Droits de scolarité : une diversité d’approches pour faire sauter la barrière financière

La barrière financière est certes un obstacle à l’accessibilité. Il y a consensus pour que les droits de scolarité ne constituent pas une entrave à l’accès aux études, « quels que soient les moyens » qui seront pris pour y arriver. Parmi les énoncés issus des parcours thématiques, l’un propose la gratuité universelle, l’autre un gel jusqu’à ce que la lumière soit faite par le vérificateur général sur la qualité de la gestion des universités, et un troisième suggère de moduler les droits de scolarité en fonction du coût de la formation tout en doublant cette approche d’un système de remboursement proportionnel au revenu (RPR). Des 37 équipes qui ont rédigé des textes inspirants, cinq proposent la gratuité, deux le gel dans une perspective de gratuité, une de maintenir les droits « le plus bas possible pour tendre vers la gratuité », une autre de les moduler en fonction du coût de la formation, et une dernière de garder des frais « moyennement élevés », ce qui constitue selon elle le meilleur compromis. Les jeunes participants suggèrent de poursuivre le débat sur cette question.


Une réforme de l’Aide financière aux études

Quelle que soit l’option préférée pour les droits de scolarité, il y a consensus autour de la nécessité de réformer le système d’Aide financière aux études, « considérant que le calcul incluant la contribution parentale est injuste, que le plafond de prêt est trop élevé, que le niveau du revenu protégé est trop bas, que le calcul des dépenses admises est désuet et qu’il n’existe aucune compensation pour la non-contribution parentale (énoncé 10) ». Cette réforme devrait contribuer à réduire l’endettement étudiant ainsi que le besoin d’occuper un emploi pendant de longues heures en même temps que l’on se consacre à temps plein à ses études. Le concept de remboursement proportionnel au revenu (RPR) a été proposé. Il a aussi été critiqué, notamment parce qu’il ne résout pas le problème de l’endettement.


L’enseignement supérieur et la recherche, partout sur le territoire

La présence de collèges et d’universités sur l’ensemble du territoire a été un facteur d’égalisation des chances pour les individus qui habitent les différentes régions du Québec et un vecteur de développement pour les communautés de ces territoires : « Que tu viennes des beautés du Grand Nord / Que tu aies poussé avec les bouffées de l’air salin / Ou en plein centre du dynamisme citadin / Tu entres dans des écoles d’égale qualité. » Le modèle québécois ddL’accessibilité géographique doit être maintenu et renforcé, disent les jeunes de manière largement consensuelle. Les énoncés 14 et 15 adoptés par les ateliers thématiques sont un bon résumé des souhaits formulés. Une équipe (24) a proposé l’adoption d’une Charte des régions. On vise l’enseignement autant que la recherche, les collèges autant que les universités, en ciblant des créneaux d’excellence. L’une des équipes de jeunes participants à l’École d’hiver a signé son texte, daté de 2033 : « les finissantEs de l’Université du Québec à Baie-Comeau », sur la Côte-Nord, où, en 2013, il n’existe pas de campus universitaire.

L’accessibilité géographique

Énoncé 14 : Afin d’assurer la rétention des jeunes en région et en périphérie urbaine, il faut s’adapter aux réalités particulières de ces derniers, impliquer la communauté dans le processus d’enseignement et d’accessibilité, mettre en valeur et améliorer les façons de vivre sa formation (passerelle DEC-BAC, stages dans le milieu, formation à distance, etc.), et développer des incitatifs financiers pour le retour en région et pour les études en région éloignée.

Énoncé 15 : Développer une gestion cohérente, exempte de compétition, de l’offre de programmes d’études supérieures en tenant compte des réalités territoriales, des expertises développées et des besoins de la région. Par exemple, éliminer les campus satellites collés sur les universités des grands centres pourrait ouvrir l’espace sur des campus satellites en région afin de combler des besoins non desservis.


Du primaire à l’université

Les jeunes expriment le sentiment que l’on se prépare à fréquenter l’université dès l’entrée au primaire. Ils voient le système éducatif comme un système réunissant tous les ordres d’enseignement. Tout au long de l’enfance et de l’adolescence, il faut valoriser l’éducation auprès du jeune.


Transparence et participation démocratique

Les jeunes demandent des comptes sur la gestion des universités. Ils veulent de la transparence et une gestion fondée sur la participation démocratique des membres de la communauté universitaire, ce qui inclut bien sûr les étudiants, les professeurs et le reste du personnel, à qui ils accorderaient la majorité au conseil d’administration.


Un réseau qui mise sur la collaboration, la coopération et la coordination plutôt que sur la compétition

En matière de gouvernance, les jeunes de l’École d’hiver souhaitent voir une meilleure collaboration entre les universités, entre les cégeps et entre les universités et les cégeps. L’une des équipes recommande de réunir dans un seul fonds commun les budgets consacrés aux immobilisations, par exemple, et suggère que l’on décide, dans une instance appropriée, de leur utilisation. On voudrait que les établissements forment un réseau, plutôt que de se considérer comme « une constellation d’entités déconnectées ». En ce sens, la création d’une instance indépendante reçoit un certain appui de la part des jeunes de l’École d’hiver, moins pour veiller à l’assurance qualité des universités que pour promouvoir une meilleure coordination.

Une instance indépendante ?

Énoncé 7 : Que soit créée une commission indépendante d’évaluation des universités du Québec composée aux deux tiers de membres de la communauté universitaire et d’un tiers de membres provenant de la société.

Énoncé 8 : Que cette commission indépendante évalue les programmes et les institutions selon un référentiel commun tout en respectant leurs diversités et leurs réalités de manière transparente et cohérente pour l’ensemble du réseau universitaire.

Énoncé 22 : Par le biais d’une instance de coordination, mettre en commun les fonds et les dépenses qui doivent bénéficier à l’ensemble du réseau universitaire, tel que l’implantation de campus satellites, le recrutement étudiant et la publicité.