Benoît Pelletier

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

Benoît Pelletier, professeur titulaire, Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, ex-député et ministre

Le terme « participation citoyenne » désigne essentiellement l’engagement social et politique de citoyens désireux d’influer sur les décisions affectant leur vie, leur communauté ou un autre groupe humain. Cet engagement peut être encadré et planifié, tout comme il peut être spontané, libre et sans entrave. Dans tous les cas, la participation citoyenne vise à permettre aux citoyens ordinaires de concourir à la prise des décisions qui les affectent et de favoriser l’essor de leur société. Elle va donc de pair avec l’action publique.

C’est l’image même du «contrat social», liant les citoyens à leurs gouvernements, les électeurs à leurs élus, que nous inspire la démocratie représentative. Dans certains cas, ce «contrat» prend la forme d’un véritable projet de société, à l’élaboration et à la mise en œuvre duquel il est souhaitable que les citoyens contribuent. Sous cet angle, l’État se veut davantage coordonnateur de la volonté populaire que décideur autoritaire et désincarné. Il se doit donc d’être attentif à ce que disent les citoyens et de leur aménager des espaces de participation, comme lorsqu’il les invite à se joindre à des experts lors de débats dans le cadre d’audiences publiques.

La participation citoyenne semble avoir deux fondements, à la fois distincts et complémentaires: la souveraineté du peuple et la liberté de l’individu. Le premier est à la base même du principe démocratique. Le second renvoie à des libertés fondamentales, telles les libertés de conscience, d’expression et de réunion pacifique. Et que dire du droit à l’information, un droit dont les chartes québécoise et canadienne ne disent mot tant il est tenu pour acquis?

Dans les faits, la participation citoyenne prend le relais de la démocratie représentative là où cette dernière atteint ses limites. Elle permet un débat ouvert et continu, visant à renforcer la cohésion sociale, à stimuler l’innovation et la créativité, et à rapprocher le gouvernement du citoyen. Loin de nourrir le cynisme envers les politiciens, elle rend l’individu mieux informé et plus conscient de son environnement immédiat, et elle lui offre un éclairage qui lui permet de mieux juger des politiques publiques, voire d’adhérer plus aisément à celles-ci.

Mais pour que la participation citoyenne soit possible et efficace, encore faut-il que les citoyens aient les moyens de faire valoir leurs idées, fussent-elles minoritaires. En ce moment, les médias sociaux donnent une nouvelle tribune et un sens nouveau à l’expression démocratique des citoyens. Il s’agit là d’un développement, d’un courant que les politiciens ne peuvent feindre d’ignorer.

De nos jours, les sociétés modernes comme le Québec sont plus diversifiées, pluralistes et fragmentées que jamais, ce qui rend impossible l’adoption de normes sociales faisant l’unanimité. Dès lors, le consensus ne peut être atteint que par un large débat fondé sur l’équité des échanges et la variété des points de vue, permettant une meilleure compréhension des besoins des citoyens et des valeurs qu’ils partagent.

Toutefois, la participation citoyenne ne saurait être vue comme une panacée. Elle comporte ses propres faiblesses. Par exemple, elle est parfois monopolisée par des groupes d’intérêt, ou elle a tendance à donner une voix démesurée à ceux qui, dans la société, sont les plus bruyants, les mieux organisés ou les plus frondeurs.

Malgré ses défauts, la participation citoyenne favorise l’émergence d’un lien plus étroit entre l’individu et son milieu de vie, développe chez lui le sens des responsabilités, et lui permet de se découvrir une capacité d’agir et d’influencer. Voilà précisément pourquoi nous estimons non seulement que la participation citoyenne est utile au développement harmonieux de la société, mais qu’elle lui est carrément essentielle.