Josée Blanchette

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

Josée Blanchette, journaliste et animatrice

Être amis ne suffit plus. D’ores et déjà, je constate que le citoyen s’éveille peut-être davantage depuis le Printemps érable et à la lumière des scandales politiques qui ont secoué le Québec dans la dernière année. La participation citoyenne aux élections est à souhaiter – elle s’avère même indispensable –, et je m’étonne à chaque campagne électorale, surtout municipale, que nous soyons si tièdes à nous impliquer concrètement. Même le geste simple de tracer un x ne rallie pas les foules.

S’intéresser au fonctionnement de la cité ne va pas de soi. Le Québec a besoin d’une sérieuse prise de conscience quant à l’importance de la participation de chacun. L’indifférence nous a menés devant la juge Charbonneau, mais nous n’avons que nous-mêmes à blâmer pour ce laxisme et la bande d’escrocs cravatés qui nous tient (tenait ?) lieu d’administration publique.

Pour moi, la participation citoyenne va bien au-delà d ’un « retweet » ou d ’un « partager » sur Facebook. Par contre, les réseaux sociaux peuvent unir des bénévoles de partout pour aller soutenir Lac-Mégantic. L’effet rassembleur des réseaux sociaux peut ameuter des manifestants, mobiliser des groupuscules, voire renverser des régimes totalitaires.

Les réseaux sociaux favoriseraient davantage le narcissisme, selon certaines études. Utilisé comme un porte- voix, le réseau social peut certaine- ment n’être qu’une caisse de résonance. C’est quand il se transpose dans l’action, quand il réunit des gens aux intérêts convergents qu’il me touche davantage.

La participation citoyenne, c’est un désir qu’on met en branle et en commun, peu importe son effet, économique, social ou politique. C’est le projet de parc à chiens que mes amis Jacques et Francine ont réussi à déloger d’un des plus beaux poumons de verdure de Cartierville, à l’aide de 350 signatures récoltées une à une, l’été dernier. Le voisinage se sourit depuis.

Certains préfèrent faire un don de charité par PayPal. D’autres, se retrousser les manches pour modeler le monde à leur image. La seconde option a l’avantage de repousser une solitude endémique qui atteint les villes comme les milieux ruraux. Dans la foulée, on a l’impression de faire partie d’un groupe et de mesurer son importance : la force du nombre.

Dans une société où l’individualisme a déjà engendré beaucoup de dommages, la participation à petite échelle, bénévolement, avec ou sans reçu de charité, est une cellule anarchique dont on ne mesure pas toujours la force. Brisant l’anonymat et repoussant le cynisme, la participation citoyenne se nourrit de l’énergie qu’elle engendre : une énergie durable.