Le vivre ensemble au Québec vu par les jeunes

Claudia Beaudoin

Chargée de projet, Institut du Nouveau Monde (INM)


Léa Riou

Membre du comité de pilotage de la Démarche jeunesse sur le vivre ensemble

Ce texte a d’abord été publié dans L’état du Québec 2018.

Plus de 1 250 jeunes se sont prononcés jusqu’à présent sur les enjeux du vivre ensemble au Québec dans le cadre d’une démarche initiée par l’Institut du Nouveau Monde (INM)[1]. Ce texte présente leurs réflexions et propositions pour accroître la cohésion sociale dans la province.

Discrimination, inégalités sociales, manque d’ouverture d’esprit, sous-représentation des minorités racisées dans certaines sphères de la société dont les instances politiques, barrière linguistique, défis liés à l’intégration socioéconomique des nouveaux arrivants et à la cohabitation de plusieurs communautés… Les jeunes ne manquent pas de mots quand vient le temps d’identifier les enjeux liés au vivre ensemble dans un Québec pourtant reconnu pour son ouverture à la diversité.

Pour faire face à ces défis, des cégépiens rencontrés au cours de 23 ateliers collaboratifs ont fait les propositions suivantes :

  • que des mesures visant à sensibiliser, à informer et à intervenir auprès des jeunes, et ce, dès le plus jeune âge, soient mises en place, notamment grâce à des cours intégrés au cursus scolaire, à des ateliers et à des activités;
  • que les échanges entre les communautés soient davantage favorisés par le biais de programmes de rencontres culturelles ou religieuses ou par des programmes de parrainage avec des personnes immigrantes ou refugiées;
  • que des mesures correctrices d’inégalité soient instaurées (par exemple des lois ou des quotas permettant d’augmenter la représentation des minorités racisées dans les instances décisionnelles et politiques).

Médias et vivre ensemble : sensibiliser et diversifier

Nous vivons dans une société où les technologies de l’information prennent de plus en plus de place, où l’information abonde en continu et où chacun peut prendre position sur la place publique au moyen des réseaux sociaux. Dans ce contexte, il est intéressant de réfléchir aux répercussions des médias sur le vivre ensemble[2]. Est-ce que ces derniers contribuent à la stigmatisation de certains groupes de notre société? Favorisent-ils une plus grande cohésion sociale?

Les sources d’information se sont diversifiées et les médias sociaux offrent à tous la possibilité de s’exprimer sur des sujets de société et d’actualité. Devant cette nouvelle réalité, les jeunes jugent qu’il faudrait aborder les questions médiatiques à l’école. De plus, les articles et reportages des médias traditionnels sur des sujets comme la criminalité, l’immigration et les personnes appartenant à des communautés racisées manquent trop souvent de rigueur et frisent la désinformation selon les jeunes; leur contenu véhicule des préjugés et des stéréotypes simplificateurs.

Introduire un cours portant sur les médias et les nouvelles technologies au secondaire et au collégial serait un bon moyen de sensibiliser la population à une utilisation intelligente des plateformes numériques et des médias sociaux. De l’avis des jeunes participants, le développement d’un esprit critique est essentiel.

En 2000, 97,7 % des journalistes canadiens, tous médias confondus, étaient blancs[3]. Dix-sept ans plus tard, les jeunes constatent que les médias traditionnels ne représentent toujours pas la diversité de la société québécoise. Ils proposent donc la mise en place de programmes facilitant l’intégration des minorités dans les médias traditionnels (bourses ou mentorat, par exemple). Les participants suggèrent aussi que soit créée une instance publique de gestion des plaintes qui permettrait de dénoncer les infractions éthiques et les atteintes à la personne commises par certains journalistes.

Halte à la discrimination raciale à l’embauche

Partant du constat que le taux de chômage des personnes issues des minorités racisées est presque le double de celui de l’ensemble de la population québécoise (13,3 % contre 7,2 % en 2011)[4], et ce, malgré un taux de diplomation généralement élevé, des jeunes ont créé une campagne de mobilisation[5] visant à sensibiliser un public cible sur les enjeux liés à la discrimination raciale à l’embauche.

Bien que les préjugés et les stéréotypes figurent parmi les causes de cette discrimination, d’autres éléments l’expliquent également :

  • le manque de reddition de comptes de la part des employeurs et du gouvernement quant à l’application de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics;
  • le manque de connaissances des gestionnaires en relations interculturelles et en gestion de la diversité;
  • le manque de confiance ou de contacts de la personne recherchant un emploi.

Afin de réduire les barrières à l’embauche, les jeunes ont élaboré une campagne pour promouvoir la diversité dans les milieux de travail qui cible les patrons des petites et moyennes entreprises, lesquelles regroupent 50 % des emplois au Québec. En développant l’argument qu’une équipe diversifiée apporte un meilleur rendement, différents messages clés ont été énumérés : une équipe diversifiée favorise l’innovation et la créativité, le développement de nouveaux marchés, de même que la capacité d’attraction et l’élargissement des réseaux de consommateurs. Ce processus de création collective a également ouvert la porte à quelques slogans et idées d’identité visuelle pour la campagne.

Une voix porteuse de changement

Cette démarche jeunesse montre l’importance de créer des espaces de discussion et d’échange ouverts et respectueux sur les enjeux du vivre ensemble au Québec. Pour affronter ces enjeux sociaux complexes, les jeunes proposent des solutions concrètes et prometteuses. Il apparaît primordial de valoriser la participation citoyenne des jeunes et de leur permettre d’avoir une place dans la prise des décisions collectives de notre société.


[1] Échelonnée sur une période de deux ans, la Démarche jeunesse sur le vivre ensemble de l’INM invite les jeunes à une réflexion approfondie sur les thèmes et les problématiques en lien avec le vivre ensemble au Québec. Ce projet reçoit le financement du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion dans le cadre du programme Mobilisation-Diversité. Pour plus d’information : inm.qc.ca/vivre-ensemble.

[2] Ce thème a été abordé dans le cadre du profil Innovation – Médias et vivre-ensemble de l’École d’hiver 2017 de l’INM. Pour consulter l’ensemble des propositions élaborées par les jeunes : inm.qc.ca/blog/ve-comment-participer.

[3] Andrée Ducharme, « Aujourd’hui encore, 97,7 % des journalistes canadiens sont blancs », dans Le trente, vol. 24, no 4, avril 2000. En ligne : fpjq.org/aujourdhui-encore-977-des-journalistes-canadiens- sont-blancs

[4] Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011 de Statistique Canada.

[5] Ce thème a été abordé dans le cadre du profil Mobilisation – Vivre-ensemble de l’École d’été 2017 de l’INM. Pour consulter la campagne mise de l’avant par les jeunes : inm.qc.ca/blog/ve-comment-participer.