Léopold Beaulieu

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

Léopold Beaulieu, président-directeur général, Fondaction

L’utilité de la participation citoyenne n’est plus à démontrer. C’est à elle qu’ont fait appel tous les mouvements populaires au Québec ou a i l leurs, depuis les mobilisations pour faire reconnaître la responsabilité ministérielle pendant les troubles de 1837-1838 jusqu’à celles du «Printemps arabe» qui continuent à bouleverser cette partie du monde. Elle peut être traitée sous de multiples facettes: l’exercice du droit de vote lors de référendums ou d’élections, la représentation du public à la gouvernance des institutions, l’économie sociale, la gestion participative des entreprises avec les salariés dans une perspective de développement durable.

L’angle sous lequel je désire la traiter est celui de la « participation socioéconomique des citoyens ». Nous vivons dans un monde où l’activité humaine est la principale responsable d’un changement climatique en partie irréversible et où les inégalités ne cessent d’augmenter. Les parts de responsabilité de cette activité ne sont pas les mêmes pour tous. Pensons au déraillement ferroviaire à Lac-Mégantic. La participation citoyenne peut se révéler nécessaire pour arriver à une véritable responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

C’est pourquoi, en novembre 2005, dans le cadre d’un mémoire portant sur le projet de loi sur le développement durable, Fondaction a demandé au gouvernement d’encourager l’émergence de nouvelles normes en matière de responsabilité des entreprises. Pour s’assurer de l’efficacité du travail des organisations actives dans le domaine de la RSE, l’État doit mettre en place, à l’intention des entreprises, une série de mesures exigeant de rendre compte des impacts économiques, sociaux et environne- mentaux de leurs activités. Aujourd’hui, il ne suffit plus pour les entreprises de démontrer leur performance économique à court terme ; elles doivent aussi démontrer leur performance sociale et environnementale. Elles doivent être garantes de leur viabilité à long terme, mais aussi de la communauté et de la société dans lesquelles elles s’insèrent et de celles qui utilisent leurs produits et services.

En faisant un travail de veille, de recherche, d ’information du public, d’intervention et de dialogue responsable avec les entreprises et les gouvernements, un travail ayant pour objectif de favoriser le bien commun, la participation socioéconomique des citoyens peut jouer un rôle inestimable pour les générations actuelles et futures.