Roméo Bouchard

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

Roméo Bouchard, ex-président-fondateur, Union paysanne et auteur, Y a-t-il un avenir pour les régions?

La participation citoyenne n’est pas seulement utile au fonctionnement de la démocratie : elle en est le fondement. « La volonté du peuple est le fondement de l ’autorité des pouvoirs publics », lit-on à l’article 22 de la Déclar at ion u n i ve r s e l le d e s d roit s d e l’homme. La souveraineté du peuple est le fondement de la vie collective en démocratie.

La démocratie de représentation dont nous avons hérité a malheureusement limité la participation démocratique des citoyens à l’élection de leurs représentants au suffrage universel et à de rares consultations ciblées (commissions parlementaires, commissions spécia les , référendums). L’article 3 de la Constitution de la France, pour ne citer qu’un exemple, est sans équivoque : « La souveraineté nationale appar tient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par voie de référendum. » Pour le reste, la participation des citoyens à la vie collective relève de la société civile et se situe en marge du processus démocratique légitime. Au mieux, elle supplée au désengagement de l’État ou lui facilite la tâche.

Si les moyens de communication et le niveau d’éducation populaire qui prévalaient autrefois pouvaient justifier un transfert systématique de la souveraineté populaire à des représentants élus, cette situation est devenue aujourd’hui inacceptable. D’autant plus que l’emprise des dirigeants économiques sur nos représentants élus est désormais incontournable. Les citoyens, même lorsqu’ils s’expriment dans l ’espace public, n’arrivent plus à se faire entendre et à infléchir les décisions. Loin de se rejoindre, les parlements et la rue s’opposent de plus en plus, partout à travers le monde.

Pour permettre aux citoyens de participer réellement aux décisions de l’État et à l’aménagement de leur société, une réforme en profondeur de nos institutions démocratiques s’impose: réforme du processus de désignation de nos représentants à l’Assemblée nationale (élections, mode de scrutin); réforme du rôle et du fonctionnement des partis politiques, qui sont les premiers responsables du détournement de notre démocratie de représentation; réforme de notre système parlementaire britannique, dominé par l’exécutif; création de véritables gouvernements territoriaux élus et autonomes; introduction des initiatives populaires pour modifier la Constitution, proposer ou abolir des lois ou des projets, destituer des élus; instauration d’une chambre des régions et d’une chambre des citoyens pour veiller aux intérêts des citoyens et des communautés territoriales; intégration des médias sociaux à un processus permanent de consultation et de décision de l’État grâce à un réseau territorial d’éducation et de participation à la vie démocratique.