L’effet Trump : un réveil de la société civile

Par Yohann Piquet avec la collaboration d’Émilie Drapeau, le samedi 12 août 2017

Photo : Alexandre Claude

Vendredi, dans le cadre de l’École d’été, Michel Venne, fondateur de l’INM et conseiller à la direction générale, a reçu quatre spécialistes pour traiter de l’impact de l’élection du président américain Donald Trump sur l’immigration,, les changements climatiques, les relations internationales et les relations du Québec avec les États-Unis. Quelles sont ses impressions au terme de ces échanges riches en questionnements ? L’équipe du Webzine a fait le point avec lui.

 

Quel est votre ressenti sur le déroulement de la table ronde, aviez-vous des attentes particulières ?

Je pense que la mission est accomplie, dans le sens où les quatre panélistes ont présenté à la fois ce qui est en train de se produire depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir et nous ont bien expliqué cce qui s’inscrit dans la continuité des positions américaines au cours des dernières années. Par exemple, on peut bien déplorer que M. Trump ait annoncé le désir de se retirer des accords de Paris, il n’en demeure pas moins que pendant longtemps, les Américains ont boudé l’évolution des discussions sur les changements climatiques!

La table ronde nous aide à comprendre que oui, M. Trump arrive avec son style, sa personnalité et ses positions, qu’il veut trancher avec l’ère Obama et qu’il est un pur produit de la société américaine.

Malgré la fracture que son élection a provoquée au sein de la population, quels élans de solidarité ou de résistance se sont mis en place ?

En dépit de la politique de M. Trump, il y a des Américains qui ont dit non!  D’ailleurs, au lendemain de l’élection, il y a eu des manifestations dans la rue pour contester le résultat de l’élection. Des représentants de certains états américains ont aussi formé une alliance pour mettre en œuvre les accords de Paris et les membres du Congrès américain ont refusé d’adopter son projet de démantèlement de l’Obamacare. Il y a donc une réaction. C’est la démonstration qu’un homme seul ne peut pas faire ce qu’il veut dans une démocratie. Des contre-pouvoirs existent. Une partie du peuple américain ne laisse pas M. Trump avoir les pleins pouvoirs sur l’ensemble des enjeux. La même chose se vérifie dans la communauté internationale. À la suite de la volonté de M. Trump de sortir des accords de Paris, de nouveaux leadership s’affirment dans la communauté internationale, que ce soit en France, en Chine ou en Allemagne.

Est-ce que son élection et ses actions  imprévisibles a réveillé le monde et le pousse maintenant  à agir pour éviter des catastrophes?

Je pense que l’élection d’un personnage aussi controversé, aussi vulgaire, a suscité une réaction qui peut, jusqu’à un certain point, entraîner la mobilisation des gens. M. Trump est sérieux dans sa volonté de démanteler l’évolution positive dans certains dossiers et cela donne aux organisations des raisons accrues pour se mobiliser pour faire avancer les choses.

Évidemment, l’idéal aurait été d’avoir un élu qui va dans le bon sens des choses, mais dans le cas actuel, il est positif de redécouvrir le rôle de la société civile, de se trouver de nouvelles motivations pour mobiliser les gens.

Quand on voit la montée des tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord, quelles influences peuvent avoir les instances gouvernementales et le peuple américain sur l’administration Trump si on veut éviter un conflit ?

Le président n’est quand même pas seul dans son bureau, il y a beaucoup de gens qui l’entourent et je ne pense pas qu’il y en ait qui souhaite déclencher une catastrophe nucléaire.

Pour le moment, il y a surtout du bruit, de l’escalade verbale. Le leader nord-coréen n’est pas non plus la personne la plus sensée au monde, mais il y a plein d’autres acteurs dans différents pays, à commencer par la Chine, la Corée du Sud, le Japon et autres nations limitrophes,  qui n’ont pas intérêt à ce que cette escalade conduise à un conflit nucléaire et qui vont intervenir. La population américaine, elle, peut continuer à se mobiliser au sein des associations, des villes et du Congrès pour lancer des échanges pacifiques.

On pourrait se demander si M. Trump n’est pas à la recherche d’une guerre dans laquelle s’engager pour rallier la nation autour de lui,  comme George. W Bush l’a fait après le 11 septembre 2001 lorsqu’il est parti en guerre en Irak… Ça n’ira peut-être pas jusqu’à un conflit nucléaire, mais pour le moment, dans cette guerre de mots, une des choses que le peuple peut faire, c’est lui dire « nous ne voulons pas nous rallier autour de ce projet de guerre » en poursuivant les actions fortes déjà amorcées et continuer d’exprimer son désaccord envers cette politique guerrière.

Les panélistes invités à la table ronde L’effet Trump : redéfinir les relations internationales :

  • Andréanne Bissonnette, Chercheure en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM
  • Catherine Gauthier, Directrice générale à Environnement Jeunesse
  • Richard Hétu, Correspondant spécial à la Presse
  • Frédéric Tremblay, Directeur du Bureau du Québec à Washington