Recherche exploratoire sur la diminution de la participation électorale des jeunes Québécois | #FED2015


Depuis la réalisation de l’étude de l’Institut du Nouveau Monde (INM) sur par la participation électorale des jeunes menée à la demande du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) en 2012, trois documents principaux ont retenu notre attention:

  1. Élections Canada a d’abord réalisé une Enquête nationale auprès des jeunes au lendemain de l’élection générale fédérale de mai 2011.
  2. En collaboration avec le DGEQ, la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires publiait en août 2012 une recherche sur le déclin de la participation électorale aux élections générales québécoises de 1985 à 2008.
  3. En collaboration avec le DGEQ, la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires publiait en décembre 2012 une mise à jour des tableaux diffusés en août 2012 intégrant les données de l’élection générale provinciale québécoise du 4 septembre 2012.

 

 


Le déclin de la participation électorale des jeunes au Canada
Déséquilibre électoral

 

C’est principalement chez les jeunes Canadiens que le taux de participation est le plus faible. Au cours de l’élection fédérale de 2011, moins de 39% des jeunes âgés de 18 à 24 ans ont voté.
C’est principalement chez les jeunes Canadiens que le taux de participation est le plus faible. Au cours de l’élection fédérale de 2011, moins de 39% des jeunes âgés de 18 à 24 ans ont voté.

Source : Directeur général des élections du Canada

Dans les sections suivantes, nous proposons de faire état sommairement de chacun de ces documents.

1. L’Enquête nationale auprès des jeunes d’Élections Canada

Élections Canada a publié un rapport, Enquête nationale auprès des jeunes, lequel cherche à «comprendre les principaux facteurs influençant la décision des jeunes Canadiens de participer ou non à l’élection générale de mai 2011 et aux élections en général.»5 Cette enquête se fonde sur une enquête téléphonique réalisée auprès de 1 372 jeunes6 et de 1 293 entrevues menées auprès de divers sous-groupes de jeunes7. Il s’agit de la plus vaste enquête réalisée à ce jour au Canada auprès des jeunes votants et non-votants.Qu’est-ce que cette enquête nous apprend? Pour l’essentiel, elle confirme la plupart des constats de la littérature existante quant aux motifs de la participation et de la non-participation électorale. Elle amène cependant quelques éclairages nouveaux et plus approfondis à certains égards permettant de mieux comprendre le comportement électoral des jeunes.

Facteurs ayant une forte incidence sur la participation électorale

Premièrement, les facteurs suivants ont une forte incidence sur la décision d’exercer son droit de vote:

(1) la scolarité,
(2) l’âge plus avancé,
(3) une plus grande motivation (attitude, intérêt et connaissances politiques)
(4) une plus grande exposition aux «influenceurs» (politiciens, médias, famille). L’enquête ne nous apprend donc rien de nouveau, mais elle confirme ce que la littérature soutenait jusqu’à présent.

À cet égard, mentionnons que l’enquête corrobore de nombreux constats de l’étude de Blais et de Loewen (2011), dont les trois suivants:

  1. Il existe une corrélation directe entre l’intérêt pour la politique et la participation au scrutin: «88% des jeunes disant avoir été très intéressés par la dernière élection générale ont voté, comparativement à seulement 28% de ceux disant n’avoir été aucunement intéressés par cette élection»8.
  2. Une corrélation positive claire a été observée entre les connaissances politiques et la participation électorale: «seulement 24% des jeunes n’ayant pu répondre correctement à l’une [des trois] questions posées9 pour vérifier leurs connaissances politiques ont rapporté avoir voté lors de l’élection générale de mai 2011, comparativement à 90% des jeunes ayant répondu correctement aux trois questions.»10
  3. Il existe un lien entre participation citoyenne et participation électorale: plus un jeune participe à des activités politiques, militantes ou de bénévolat, plus il est susceptible de voter.

Mentionnons également que l’enquête confirme l’un des constats de l’étude de Pammett et LeDuc (2003) stipulant que les jeunes votants ou non sont peu enclins à avoir des attitudes négatives à l’égard de la politique, de la démocratie et de la vie civique.

«On a observé un taux de satisfaction relativement élevé chez les jeunes interrogés sur la vie démocratique au Canada, 53% des jeunes se disant plutôt satisfaits et 17%, très satisfaits. Si les jeunes se disant très insatisfaits étaient un peu moins nombreux à avoir participé au scrutin (72%) que les jeunes se disant très satisfaits (77%), cette différence n’était toutefois pas statistiquement significative.» 11

Mentionnons qu’au sujet des «influenceurs», l’enquête confirme les principaux constats de la littérature: le fait d’avoir discuté de politique à la maison lorsqu’ils étaient enfants ainsi que le fait d’avoir discuté de politique avec leur famille ou leurs amis et le fait d’avoir été contactés par un parti politique ou un candidat durant la campagne électorale ont une incidence positive sur la participation électorale.

«Le taux de participation électorale était considérablement plus élevé chez les jeunes ayant souvent pris part à des discussions à la maison (90%) que chez ceux rapportant ne l’avoir jamais fait (57%).» 12

«Parmi les répondants disant parler du gouvernement et de politique avec leur famille ou leurs amis, 78% ont rapporté avoir voté lors de la dernière élection, comparativement à 47% et 53% respectivement à ceux disant ne pas avoir eu de telles discussions.» 13

«Un nombre considérablement plus élevé de jeunes disant avoir été contactés [par un parti politique ou un candidat] ont rapporté avoir participé au scrutin (83%), comparativement à ceux disant ne pas avoir été contactés (68%).» 14

À la lecture de l’enquête, un facteur exerçant une incidence positive quant à la participation électorale a toutefois attiré notre attention: les jeunes votants interrogés étaient plus nombreux que les non-votants à considérer que le gouvernement exerce un rôle important dans leur vie (81% versus 62% respectivement).

Au sujet des médias, un constat nous a frappés: pour 42% des répondants, la télévision est la principale source alors qu’Internet (site Web d’un média, blogue ou autre source dans Internet) arrive en deuxième position avec seulement 20% des répondants. Si l’on s’attarde uniquement aux répondants non votants, on observe que ceux-ci ont recours à ce dernier type de média dans une proportion de 12% seulement. Un tel constat nous laisse donc perplexes quant à la portée réelle de stratégies ayant recours seulement à Internet pour augmenter le vote des jeunes.

«42% des répondants ont dit que la télévision avait été leur principale source d’information, 20% ont parlé du site Web d’un média, d’un blogue ou d’une autre source sur Internet, 11% ont cité les journaux et les magazines et 4% la radio.» 15

Principales raisons motivant la décision de voter

Au-delà des facteurs influençant la décision de voter ou de s’abstenir, l’enquête a sondé les jeunes sur les raisons principales ayant motivé leur décision de voter. Deux ressortent clairement: (1) le fait de considérer le vote comme un devoir civique et (2) le fait de vouloir exprimer son opinion. À l’égard de la première, l’enquête confirme ce que la littérature soutient depuis longtemps, alors qu’elle raffine la compréhension que nous avions jusqu’à maintenant au sujet de la deuxième. La littérature soutenait jusqu’à maintenant que l’intérêt pour la politique était le deuxième facteur déterminant après le fait de considérer le vote comme un devoir. Selon l’enquête, nous apprenons que les jeunes qui votent le font non seulement par intérêt pour la politique, mais aussi par désir de vouloir exprimer leurs opinions.

Deux principaux obstacles à la participation électorale

L’enquête nationale confirme qu’il existe deux grandes catégories d’obstacles à la participation électorale: (1) la motivation (attitude, intérêt et connaissances politiques) et (2) l’accès au scrutin (connaissance du processus électoral, situation personnelle et obstacles administratifs). Encore une fois, l’enquête ne nous apprend rien de nouveau, mais elle vient confirmer ce que nous disait la littérature.

Les principales raisons motivant la non-participation électorale

Selon l’enquête, les principales raisons invoquées par près des deux tiers des répondants (64%) expliquant pourquoi ils n’avaient pas voté relèvent de la deuxième catégorie d’obstacles, l’accès au scrutin.

Plus précisément, la moitié des répondants non-votants ont invoqué des raisons se rapportant à leur situation personnelle telles que le fait d’avoir été à l’école ou au travail toute la journée, d’avoir dû s’occuper des enfants ou d’avoir été trop occupé (30%) et le fait d’être à l’extérieur de la ville ou absent (14%). Bien que les rédacteurs du rapport d’enquête aient classé ces raisons comme relevant d’obstacles d’accès, ils mentionnent «[qu’] il est possible que certains répondants, se sentant coupables de ne pas avoir voté, aient évoqué une situation personnelle hors de leur contrôle pour expliquer leur abstention».

En second lieu, le quart des répondants non-votants ont affirmé ne savoir ni quand ni où voter et «seulement 57% des jeunes ne connaissant aucune autre façon de voter ont participé au scrutin» . Ainsi, le fait de ne pas savoir où, quand et comment exercer son droit de vote semble avoir une incidence négative importante sur le comportement électoral. L’enquête regroupe toutes ces notions sous l’expression «connaissance du processus électoral». Ajoutons à ce portrait que les jeunes rapportant avoir reçu la carte d’information de l’électeur (79%) ont voté dans une plus grande proportion que ceux ne l’ayant pas reçu (62%) ou qui ne se souvenaient pas de l’avoir reçu (33%), et ce, sans doute parce qu’ils y ont trouvé les informations nécessaires pour voter.

Enfin, le tiers des répondants non-votants ont évoqué des raisons relevant de la catégorie des obstacles motivationnels: une attitude généralement négative à l’égard de la politique et de la démocratie (9%), une indifférence à l’égard de la politique (12%) et des connaissances politiques insuffisantes (11%). Au sujet de ces dernières, nous avons d’abord été étonnés de constater que les connaissances politiques insuffisantes sont si peu évoquées pour rendre compte de la non-participation électorale. Rappelons toutefois qu’il s’agit ici de la perception même des répondants non votants. Rappelons également qu’au-delà de celle-ci, l’enquête est parvenue à démontrer une très forte corrélation entre connaissances politiques et participation électorale.

***

Si on compare les principales raisons expliquant l’abstention des jeunes selon l’Enquête nationale auprès des jeunes d’Élections Canada à celles de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada (réalisée au lendemain du scrutin fédéral du 2 mai 2011), on observe quelques différences.

En effet, la seconde révélait que chez les 18-24 ans, la raison la plus fréquemment invoquée était le manque d’intérêt (30%), venaient ensuite le fait d’être trop occupé (23%) et le fait d’être à l’extérieur de la ville ou absent (11%). Ces données allaient dans le même sens que la littérature existante.

Si l’Enquête sur la population active de Statistique Canada et l’Enquête nationale auprès des jeunes se rejoignent sur le motif «trop occupé», elles divergent sur les motifs «manque d’intérêt» et «manque de connaissances du processus électoral» identifiés comme premier et deuxième motif d’abstention respectivement par la première et la seconde.

2. Le déclin de la participation électorale au Québec de 1985 à 2008

Outre l’Enquête nationale auprès des jeunes d’Élections Canada, une deuxième étude a retenu notre attention depuis la publication de la nôtre. En collaboration avec le DGEQ, la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires publiait en août 2012 une étude sur la participation électorale des Québécois aux élections générales provinciales de 1985 à 2008. Cette étude cherche à retracer l’origine du déclin de la participation électorale au Québec et à déterminer si cette participation varie en fonction de l’âge, du lieu de résidence (rural/urbain) et des caractéristiques sociodémographiques (scolarité, revenu, origine ethnique). Globalement, l’étude confirme les principaux constats de la littérature quant au déclin du taux de la participation électorale générale et aux principaux facteurs l’expliquant. Ainsi, en cette matière, la trajectoire québécoise, à quelques soubresauts près, est similaire à celle observée ailleurs en occident, notamment au Canada. Dans les lignes qui suivent, nous mettons en lumière les faits saillants se rapportant spécifiquement au comportement électoral des jeunes.

L’évolution de la participation électorale au Québec: l’origine du déclin

De 1985 à 2008, l’étude révèle que le taux de la participation électorale des Québécois aux élections générales provinciales diminue passant de 75,66% au plancher historique de 57,06%. Les élections de 1994 (81,58%) et de 1998 (78,32%) font cependant figurent d’exception. Si on exclut ces deux moments électoraux (situés juste avant et juste après le référendum de 1995 auquel 94% des électeurs avaient participé), la trajectoire québécoise est comparable à celle observée pour les élections fédérales canadiennes. Toutefois, les auteurs observent que le déclin du taux de la participation électorale générale au Québec est moins prononcé : de 1980 à 2008, le taux de participation électorale générale moyen au Québec et au Canada se situe respectivement à 74,01% et à 66,91%. De plus, les auteurs démontrent que le taux de participation aux élections provinciales québécoises a toujours été plus élevé que celui de l’ensemble des Canadiens aux élections fédérales et que le Québec se situe à la moyenne nationale si on le compare aux autres provinces canadiennes.

L’âge et la participation électorale

D’entrée de jeu, l’étude révèle que de 1985 à 2008, le taux de participation électorale des 18-24 ans et des 25-34 ans a drastiquement diminué passant respectivement de 64,33% à 36,15% et de 74,11% à 41,83%.

Les auteurs ont cherché à vérifier si les hypothèses «cycle de vie» et «remplacement générationnel» avancées par la littérature pour expliquer le déclin du taux de la participation électorale générale observé dans nombre de démocraties occidentales pouvaient expliquer en tout ou en partie celui observé au Québec. Les données de l’étude confirment les deux hypothèses.

Ainsi, la participation électorale des Québécois tend à augmenter avec l’âge, elle plafonne en milieu de vie et elle décline en fin de vie confirmant ainsi l’hypothèse «cycle de vie».

La seconde hypothèse stipule que «les nouvelles cohortes d’électeurs qui intègrent l’électorat sont composées d’individus qui ont tendance à moins voter que les électeurs des générations précédentes»18 au même stade de leur vie. Encore une fois, l’étude confirme ce postulat: «les électeurs [Québécois] âgés de 25 à 34 ans en 2008 ont un taux de participation d’environ 20 points inférieur à celui des électeurs qui appartenaient au même groupe d’âge en 1985.»19

Toujours au sujet de la participation électorale des jeunes, l’étude révèle un phénomène nouveau: celle-ci semble varier en fonction du sexe. Les données révèlent que les jeunes hommes votent aujourd’hui dans une moins grande mesure que les jeunes femmes. À titre d’illustration, prenons le taux de participation électorale des femmes et des hommes âgés de 25 à 34 ans lors des élections de 1985 et de 2007: les femmes et les hommes y ont respectivement voté à 74,15% et à 74,31% lors de la première et à 65,12% et à 56,98% lors de la seconde. Les auteurs avancent l’hypothèse du Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (2009) pour tenter d’expliquer cet écart: «l’écart de la participation entre les hommes et femmes peut s’expliquer (du moins en partie) par la plus faible participation des hommes aux études collégiales et universitaires.»20

Un tel écart entre la participation électorale des hommes et celle des femmes n’est observé également que chez les cohortes d’électeurs les plus âgés, les 65-74 ans et les 75 ans et plus. Ici, ce sont les femmes qui votent dans une moindre proportion que les hommes. Selon les auteurs, cet écart pourrait s’expliquer par le fait que ces femmes ont vécu à l’époque où le droit de vote au Québec ne leur était pas accordé.

En guise de conclusion, les auteurs avancent qu’une meilleure compréhension du processus de socialisation de l’électeur pourrait contribuer à mieux comprendre le déclin de la participation électorale. Une telle piste rejoint l’hypothèse soutenue par Gélineau et Morin-Chassé (2009) établissant un lien entre le fait de concevoir le vote comme un devoir civique et la pression sociale que les jeunes subissent de la part leur entourage immédiat pour aller voter. Plus précisément, ils avancent que «le devoir de voter des jeunes est en quelque sort en cours d’ancrage. Cette interprétation du vote chez les jeunes place l’environnement social au cœur de la construction du devoir de voter.»21

Plus globalement, les auteurs rappellent deux facteurs identifiés dans la littérature permettant de contribuer à l’explication du déclin de la participation électorale des jeunes depuis 30 ans: le sens du devoir civique et l’intérêt pour la politique. Les auteurs se réfèrent ici aux travaux de Blais (2000) et de Blais et Loewen (2011).

3. La mise à jour des données à la lumière des élections de 2012

En collaboration avec le DGEQ, la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires publiait en décembre 2012 une mise à jour des tableaux diffusés en août 2012 intégrant les données de l’élection générale du 4 septembre 2012. Les auteurs rappellent que ce scrutin s’est déroulé au lendemain des mobilisations étudiantes du printemps 2012 et ils cherchent à savoir notamment si celles-ci ont eu un impact positif sur la participation électorale des jeunes. Selon les chiffres révélés par cette mise à jour, il semble que oui. La mise à jour démontre que la participation électorale générale a bondi de 17,51 points à l’élection générale provinciale de 2012 comparativement à l’élection de 2008 passant de 57,06% à 74,57%. La participation électorale a crû dans tous les groupes d’âge, mais l’augmentation la plus importante a été observée chez les 18-24 ans (en hausse de 25,92 points pour s’établir à 62,07%) et chez les 25-34 ans (un bond de 24,53 points pour une participation de 66,36%).22

Recherche exploratoire sur la participation électorale des jeunes (2011)

En 2011, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) confiait à l’INM le mandat de réfléchir à une stratégie de mobilisation électorale pour favoriser le vote des jeunes lors des prochaines élections au Québec.

Pour y arriver, l’INM a d’abord cherché à comprendre les raisons expliquant la diminution de leur participation électorale en procédant à une synthèse des principaux écrits sur la question. Pour compléter cette analyse, l’INM a procédé à un sondage auprès d’un échantillon de jeunes de 18 à 34 ans ayant participé à ses écoles d’été au cours des dernières années.

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