André Lavoie

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

André Lavoie, critique de cinéma

La désaffection du public pour les salles de cinéma serait-elle une métaphore de notre démission collective sur le plan politique ? La baisse de fréquentation cinématographique suit une courbe comparable à celle du taux de participation aux élections; dans les deux cas, il faut s’en inquiéter.

Les Québécois seraient-ils devenus les champions de la politique de la chaise vide? Cette stratégie de négociation comporte sa part de risques, et ne devrait jamais remplacer un engagement sincère et constant à vouloir changer les choses. Bouder dans son coin, c’est un jeu pour les enfants.

Les adultes ne sont pourtant pas en reste. Demeurer à l’écart du débat public, refuser de prendre part à la transformation du monde, se tenir à distance des lieux de pouvoir où d’autres décident de ce qui est bon pour nous – mais est-ce vraiment le cas? –, voilà autant de postures paresseuses qui réconfortent les filous et stimulent l’imagination des crapules cravatées. Or, lorsque les méfaits sont commis, que les scandales prennent l’allure d’un télé- roman au dénouement sans fin, le moment semble mal choisi pour répéter ad nauseam: «Plus jamais !»

C’est d’ailleurs là que la politique de la chaise vide effectue ses premiers ravages, donnant à la cité des allures de désert démocratique ratissé par les âmes en peine, les esprits chagrins et autres nostalgiques d ’un bon vieux temps peut-être pas aussi idyllique que certains se plaisent à le dire. Tout cela pourrait même ressembler à ces salles de cinéma désertées par un public frileux à l’idée de s’égarer dans des univers à mille lieues de ceux qu’il connaît déjà, et surtout pas en compagnie de ses concitoyens. Les chiffres, qui d’ailleurs jouent souvent un grand rôle au cinéma, parlent d’eux-mêmes: 21 millions de spectateurs dans les salles du Québec en 2012 contre 25 millions en 20091, et la dégringolade n’est pas terminée, projecteurs numériques ou pas…

En quoi la chute du taux de fréquentation cinématographique est-elle le reflet de notre désengagement démocratique? Les deux adoptent des courbes similaires et sont engagés depuis une bonne décennie sur une pente glissante, avec quelques rares sursauts d’enthou- siasme. Alors que le taux de participation aux élections québécoises ne cesse de diminuer depuis 1976 (85,3%, un sommet inégalé depuis 1970), il atteignait un maigre 57,4% en 2008, pour ensuite remonter à 74,6% le 4 septembre 20122, à la faveur d’un printemps pas tout à fait comme les autres.

Cette indifférence à l’égard du cinéma sur grand écran comme du noble exercice démocratique de voter a de quoi inquiéter. Parce que ces démissions laissent place à un vide navrant, coupant court à tous les dialogues pour un simple soliloque dans le confort illusoire de nos foyers. Aller à la rencontre de l’imaginaire des artistes ou de la vision des politiciens, voir et entendre leurs constats sur l’état de notre monde, sur la manière dont ils le peignent, le sculptent, l’écrivent, le mettent en scène ou en images, tout cela participe d’une véritable démarche citoyenne. Et que dire quand le film est triste! Au cinéma, on ne sait jamais: par solidarité ou par compassion, un spectateur pourrait vous tendre un mouchoir…
Notes 1Benoît Allaire et Claude Fortier, «La fréquentation des cinémas et ciné-parcs en 2012», dans Optique Culture, no 22, Québec, Institut de la statistique du Québec, Observatoire de la culture et des communications, mars 2013. En ligne.
Évolution du taux de participation au Québec : .