Charles-Mathieu Brunelle

Directeur général, Espace pour la vie

La nature est un véritable modèle de participation. Tous les éléments y sont dépendants les uns des autres. Les espèces interagissent sans cesse, tout simplement parce que leur survie en dépend. Et nous, humains, ne faisons pas exception à la règle. Bien que nous l’oubliions trop fréquemment, nous faisons partie intégrante de la nature, au même titre que les autres mammifères, les reptiles, les plantes, les insectes, les champignons, les bactéries ou les algues… Nous sommes condamnés à échanger! Dans les écosystèmes, rien n’est autonome ni autosuffisant. Partager, c’est l’essence même de la vie!

Le corps humain aussi fonctionne sur ce modèle. Si un seul élément fait défaut, c’est tout l’équilibre du système qui est perturbé. Vos poumons fonctionnent mal? Il y a peu de chances que vos muscles vous permettent de courir un 100 mètres, faute d’oxygène pour les nourrir. Il semble qu’il y ait là une équation qui va de soi, une grande vérité qui se déploie d’une manière tellement naturelle qu’il est impossible de l’ignorer. «We live thanks to the others», m’a un jour dit un sensei au Japon… Autrement dit: collaboration = survie.

Par nature, les sociétés sont des systèmes vivants, adaptatifs, toujours en évolution. Ce sont les interactions entre leurs membres qui permettent de les maintenir en équilibre, qui leur permettent d’être cohérentes. Pour ne pas les voir dépérir, il faut faire place à une plus grande implication des citoyens, inviter ceux-ci à participer aux processus d’idéation du monde dans lequel ils veulent vivre ou à la résolution des problèmes qui les concernent. Ils doivent devenir acteurs de leur environnement, contribuer à son évolution.

Cette façon de faire, nec plus ultra du développement durable, est un remède merveilleux contre le cynisme, qui empêche de voir que des choses se passent, véritablement. Elle crée un climat inspirant, un élan collectif. Trans- formant la scène publique en un théâtre d’expérimentations, elle démontre non seulement que la coopération entre les milieux et que l’altruisme, l’ouverture à la diversité et la créativité qui en découlent sont possibles, mais qu’ils génèrent des résultats concluants, qu’ils permettent d’inventer de nouvelles façons de faire, bien au-delà des compromis traditionnels.

Alors, ensemble, solidaires, les citoyens constituent la masse critique avec laquelle le changement devient possible. Et visible.