Déclaration des fondateurs de l’Institut du Nouveau Monde

Soyons les artisans de notre avenir :

Pour un renouvellement du débat démocratique au Québec


Déclaration des fondateurs de l’Institut du Nouveau Monde – 2004

Le temps d’évaluer, de rafraîchir, de réviser les modèles de développement et de gouverne du Québec est arrivé. Le Québec a besoin d’idées neuves et de solutions audacieuses aux problèmes qui subsistent et à ceux qui apparaissent dans un monde qui change.

Le moment est aussi venu de se redonner des objectifs collectifs et de renouer avec l’enthousiasme, la formidable énergie qui accompagne la naissance de grands projets. Dans quelle société voulons-nous vivre dans vingt ans et que devons-nous faire d’ici là pour y arriver?

Le monde et le Québec changent. Des certitudes anciennes se sont écroulées. Des mutations profondes suscitent de vives inquiétudes en même temps que de grands espoirs. Elles montrent aussi qu’un autre monde est possible.

Or, nous voulons être des artisans de ce monde en devenir et non pas seulement les témoins et encore moins les victimes de son évolution.

Les urgences s’accumulent. Nos concitoyens expriment sans équivoque un désir de renouvellement des idées, des façons de faire et de penser, mais aussi de nos solidarités.

Que ce soit au nom des jeunes, autant ceux qui ont perdu leurs illusions et sont tentés de décrocher, que ceux qui cultivent de grandes ambitions pour eux-mêmes et pour leurs proches, mais qui se heurtent à des obstacles, à la précarité du monde du travail, aux insuffisances de nos institutions ou aux incertitudes soulevées par la mondialisation.

Que ce soit à l’égard d’un territoire, de ressources ou d’un environnement à protéger.

Que ce soit au nom des habitants des régions dont la décroissance démographique se poursuit à un rythme accéléré dans un contexte de vieillissement de la population. Ou, encore, au nom des Montréalais, dont la ville est désormais placée en concurrence avec les autres métropoles nord-américaines tout en demeurant le milieu de vie de la moitié des Québécois.

Que ce soit au nom de cette nation francophone, qui se veut pluraliste et inclusive, profondément enracinée dans les Amériques, mais ouverte à toutes les influences.

Que ce soit au nom de la justice sociale et des valeurs démocratiques.

Nous savons que le Québec est capable de faire face aux impératifs du renouvellement. C’est une société parmi les plus scolarisées du monde, habituée au dialogue et à la concertation, ayant démontré au cours des quarante dernières années une formidable capacité d’innovation, un esprit de conquête et une créativité aujourd’hui mondialement reconnue.

Mais la volonté d’agir semble maintenant entravée. Les liens sociaux s’affaiblissent. Des problèmes anciens paraissent insolubles tandis que la population éprouve souvent le sentiment de n’avoir pas ou peu d’influence sur les choix qui façonnent l’avenir.

Or, nous refusons le fatalisme et voulons contrer le sentiment d’impuissance qui pourrait s’installer. Nous proposons de raviver le dialogue, les échanges et les débats sur tout le territoire du Québec et ainsi de relancer l’imaginaire québécois.

Nous affirmons que la société civile peut devenir le principal catalyseur des espoirs et des idées pour un Québec nouveau, pour un « nouveau monde ». C’est à elle qu’il revient de prendre le leadership et de se réapproprier les lieux de réflexion et les leviers d’action.

Nous croyons que seuls les citoyens peuvent déterminer, par leur participation aux débats publics et au sein des institutions démocratiques, le changement qui correspond à leurs besoins et à leurs aspirations.

Cette participation doit se réaliser dans les conditions favorables. Nous voulons contribuer à créer ces conditions.

Nous procédons cette semaine, le 22 avril, à Montréal, au lancement de l’Institut du Nouveau Monde, un institut indépendant, non partisan, à but non lucratif, voué au renouvellement des idées et à l’animation des débats publics au Québec.

L’INM veut, d’une part, réunir une information fiable sur le Québec, et rendre cette information disponible dans un langage clair et accessible pour le grand public, notamment en organisant une université d’été pour les jeunes et par la publication de L’Annuaire du Québec. Il veut mettre au point des indicateurs permettant de mesurer le développement économique, social et culturel du Québec en comparaison avec le reste du monde. Il veut mettre à profit les nouvelles technologies de l’information pour favoriser la délibération publique et rejoindre les citoyens et citoyennes de toutes les régions du Québec.

Il veut, d’autre part, stimuler la prise de parole par les citoyens et les citoyennes en dehors des circuits partisans, militants ou académiques en suscitant leur participation à des débats ouverts, des échanges, des dialogues, conférences et rendez-vous stratégiques sur les grands enjeux de notre temps. Il entend capter cette parole, la mettre en forme et lui assurer une diffusion et une reconnaissance dans l’espace public.

Nous voulons contribuer à remettre le Québec en marche, retrouver l’esprit des fondateurs et susciter l’émergence d’idées neuves, de solutions et de projets concrets, répondant aux aspirations d’une société juste, démocratique et pluraliste.

Ont signé :

  • Dominique Anglade
  • Claude Béland
  • Geneviève Baril
  • Karine Blondin
  • Gérard Bouchard
  • Michel Cossette
  • Sophie Dufour
  • Yves Dupré
  • Patrick Ferland
  • Jacques Fortin
  • Alain G. Gagnon
  • Christian Giguère
  • Martine Hébert
  • Fédéric Leesemann
  • Luc Martin
  • Henry Milner
  • Alain Noël
  • John Parisella
  • Susan Rona
  • Conrad Sauvé
  • Roger Simard
  • Guillaume Vaillancourt
  • Michel Venne
  • Gaétan Venne
  • Akos Verboczy