Françoise Bertrand

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

Françoise Bertrand, présidente-directrice générale, Fédération des chambres de commerce du Québec

Les décideurs publics et les entreprises ont intérêt à prendre acte du fait que la réalisation d’un projet ne peut plus se faire comme il y a 20 ans, 10 ans, voire 5 ans. Les gens sont davantage informés et éduqués, les moyens de communiquer sont plus nombreux et surtout plus accessibles à l’ensemble des citoyens. Nous n’avons qu’à penser à l’émergence des médias sociaux. Et les gens veulent intégrer l’espace public, ils souhaitent participer aux débats, y apporter leur contribution et avoir le sentiment que leur avis est pris en compte.  Cette implication accrue est une bonne nouvelle : la participation citoyenne peut rehausser la qualité d’un projet ou d’une politique et peut permettre de s’assurer que ceux-ci reflètent les valeurs chères à la population. De surcroît, lorsque des citoyens participent aux consultations concernant des projets, cela donne l’occasion aux entreprises d’y apporter des modifications qui, sans frais indus, permettront de respecter davantage la vie de ces communautés. Il faut donc encourager l’avènement de la participation citoyenne.

Mais attention ! Aucun projet ne peut faire l’unanimité. Des personnes en désaccord, il y en aura toujours. La participation citoyenne ne doit pas être, comme c’est arrivé souvent récemment, le moyen de faire dérailler un projet porteur pour l’ensemble de la société. Certains groupes se sont malheureuse- ment spécialisés dans ce domaine au cours des dernières années, et nous n’avons d’autre choix que de déplorer cette situation.

La participation citoyenne ne doit pas non plus être une tribune pour l’étale- ment de la démagogie. C’est pour cette raison qu’elle doit être précédée d’une étape fondamentale, soit celle du par- tage de l’information objective et fac- tuelle, sur le plan autant scientifique qu’économique. Et cela vaut encore plus dans des dossiers très complexes où même les scientifiques peuvent avoir de la difficulté à cerner le corpus objectif. Nous croyons que, en procédant ainsi, on évitera de se lancer dans des échanges parfois empreints de préjugés et d’opi- nions ou de commentaires peu appuyés. Nous disons oui à une participation citoyenne qui s’inscrit dans un proces- sus respectueux des citoyens et des pro- jets de développement, qui est bien balisée, qui repose sur des fondements objectifs et surtout qui ne vise pas à obtenir l ’unanimité. Nos décideurs publics doivent savoir donner leur aval à un projet bénéfique pour la société malgré l’opposition qu’il peut susciter auprès de certains groupes.