Josée Boileau

L’essor de la participation citoyenne est largement tributaire de la volonté des décideurs d’écouter les citoyens qui veulent s’exprimer, de partager avec le public une partie du pouvoir qui leur incombe. C’est pourquoi nous avons demandé à une quinzaine de chefs d’entreprise et d’association, de militants, d’anciens élus ou de leaders d’opinion de répondre à la question suivante: «D’après vous, à quoi la participation citoyenne peut-elle être utile?»

Josée Boileau, rédactrice en chef, Le Devoir

À moins d’être un ermite – et qui peut se permettre de l’être de nos jours? –, il n’y a pas moyen d’échapper à la société, à ses normes, à ses contraintes. Même en croyant nous replier sur nous-mêmes, nous sommes de facto partie prenante de manières de faire et de vivre ensemble. Citoyens en dépit de nous-mêmes.

Soit ce statut, qui nous donne des droits et des responsabilités, reste latent, soit nous en faisons quelque chose. «quelque chose», c’est la participation, peu importe la forme qu’elle prend: s’ informer, interroger, débattre, se regrouper, se manifester, s’impliquer; réaliser que, quitte à faire partie d’un groupe humain organisé, autant assumer son lien avec celui-ci plutôt que d’y être assujetti. Car un sujet n’est pas un citoyen: il se contente de subir.

Le citoyen qui s’assume n’a par ailleurs aucune garantie d’y gagner personnelle- ment quoi que ce soit. Et c’est très bien ainsi, car là n’est pas l’enjeu. L’enjeu n’est pas de soupeser les avantages et les inconvénients, le risque et la chance de faire partie d’un ensemble qui nous dépasse. C’est d’en être, point. Cela nous concerne tous de savoir comment on naît en ce pays, comment on y meurt, comment on s’y éduque, comment s’y encadrent le travail, les vacances, la retraite. Comment on y développe les villes, comment on y exploite les ressources, comment on répartit la richesse, comment on s’y protège…

Bien sûr, il y a un idéal de la participation auquel, heureusement, plus de gens qu’on ne le croit adhèrent, militant pour des causes qui leur tiennent à cœur. Ces gens, de droite, de gauche, ouvrent les consciences, font bouger les élus; poussent ici pour une résidence pour les cancéreux, là pour une piste cyclable; luttent pour la valorisation du français, la protection des consommateurs ou de l’environnement, les soins aux toxicomanes, le soutien aux jeunes entrepreneurs, la sécurité dans les rues; font parfois une addition de tout ce qu’ils souhaitent et se retrouvent dans un parti politique ou un mouvement social.

Tous ces engagés de cœur et de temps sont indissociables de la démocratie, premiers surveillants des décisions de nos gouvernements. La dictature est proche quand la société civile active, exigeante et revendicatrice disparaît. Il faut craindre les gouvernants qui ont peur de la critique organisée.

Mais la participation citoyenne, c’est aussi tous ces gestes individuels qui nous rattachent à la collectivité : je recycle, je verse un don, je vais aux réunions de parents ou à celles du syndicat, je fais circuler une information sur les réseaux sociaux, je signe une pétition. Et je vote. Je vote. Je vote.

Et c’est parce que j’accepte d’être un parmi tant d’autres que la société est plus qu’un agglomérat de lui et toi et moi, et moi, et moi – et qu’elle trouve son sens.