La participation citoyenne

Preuve que la pratique en a largement précédé l’étude, et que cette pratique est en transformation constante, aucune définition de la participation citoyenne ne fait consensus à ce jour. Dans ce contexte, l’Institut du Nouveau Monde (INM) a choisi de constuire sa propre définition, qui synthétise et élague les définitions qui circulent, et qui les éclaire des apprentissages que l’Institut a pu faire en 10 ans d’animation de la participation citoyenne, dont il est devenu un chef de file.

«La participation citoyenne est l’exercice et l’expression de la citoyenneté à travers la pratique de la participation publique, de la participation sociale et de la participation électorale.»

Participation publique

La participation publique, c’est l’engagement des individus dans des dispositifs formels régis par des règles clairement établies et ayant pour but l’atteinte d’un objectif formulé explicitement. Ces dispositifs peuvent être des structures ou des processus, permanents ou ponctuels. Ils peuvent être initiés par des institutions publiques, qu’elles soient fédérales, provinciales, régionales ou municipales, ou par des organismes privés, des entreprises ou des OSBL.

Participation sociale

La participation sociale faire référence à l’implication des individus dans des activités collectives dans le cadre de leur vie quotidienne. (Par exemple, être membre d’un groupe communautaire, d’une association de locataires, d’un syndicat ou d’un parti politique, faire du bénévolat pour un organisme caritatif, militer pour une cause, etc.)

Participation électorale

La participation électorale est pratiquée lors d’élections visant à élire des représentants à l’échelle fédérale, provinciale, municipale ou scolaire. Le citoyen participe soit en votant, soit en présentant sa candidature. La participation électorale est soumise à des règles strictes (âge, citoyenneté, lieu de résidence, etc.) qui varient selon le scrutin. Ces scrutins ont lieu à intervalles réguliers.

Fluidité, éthique, innovation

Il est important de noter que, du point de vue de l’individu qui s’adonne à de la participation citoyenne, il peut y avoir une grande fluidité et un chevauchement dans les pratiques. Ainsi, les définitions ci-dessus servent à nommer et expliquer des pratiques, sans imposer de règles ou de dogmes aux citoyens qui les pratiquent. Les règles servent également à baliser les attentes des citoyens qui s’engagent dans un processus.

Du point de vue des instigateurs et animateurs de la participation citoyenne, ces catégories sont essentielles car elles impliquent des règles, des normes et une éthique qui varient largement d’une catégorie à l’autre. Ces catégories peuvent aussi servir de guide pour mesurer l’évolution d’une pratique dans le temps.

Aussi, en raison de la demande grandissante de participation citoyenne de la part de certains groupes et individus et de la disponibilité d’outils de communication numériques de plus en plus sophistiqués, les pratiques de participation sont en constante évolution. De grandes innovations dans les processus voient régulièrement le jour à l’échelle planétaire. Les catégories de pratiques décrites ci-dessus ne sont donc pas définitives. L’Institut du Nouveau Monde compte rester à l’affût des tendances sociales et des pratiques concrètes afin de continuer à raffiner ses définitions et s’assurer qu’elles refètent la réalité changeante.

Qui participe?

Il est utile de distinguer la participation des citoyens individuels de celle des groupes organisés, deux types de participation qui ont leur importance propre. Les groupes organisés constituent un important levier de participation citoyenne puisqu’il n’est pas toujours possible pour le citoyen de se représenter lui-même. En même temps, Michel Venne explique que «le débat public est monopolisé par des associations disposant de moyens de communication et de lobbying. Patronat contre syndicats. Environnementalistes contre industriels. Pharmaceutiques contre médecins1.» Ces associations prétendent représenter des groupes de citoyens dont l’agrégation formerait l’ensemble de la société; or plusieurs individus glissent dans les interstices entre ces différentes affiliations. Le potentiel de représentation des citoyens organisés n’étant que partiel, la participation des citoyens individuels s’avère essentielle. Celle-ci est néanmoins confrontée à un obstacle additionnel: l’univers des politiques publiques se morcelle en spécialités qui appellent une expertise.

Il est, dans ces circonstances, difficile pour les citoyens individuels d’obtenir la reconnaissance requise afin d’intégrer les espaces de formulation des politiques publiques2. C’est tout le défi de faire dialoguer des experts, des représentants de groupes d’intérêt et des citoyens: comment peut-on faire en sorte que les citoyens n’adhèrent pas machinalement aux propositions avancées par les experts, mais aient plutôt la confiance d’exprimer une opinion qui leur soit propre? À cet égard, nombre de citoyens se disent habités par un «sentiment d’incompétence», lequel nourrit leur hésitation à se prononcer, laissant ainsi le champ libre aux experts3. La valorisation du savoir pratique des citoyens est donc primordiale, d’autant plus qu’une connaissance se construisant au fil d’expériences peut révéler des facettes d’un enjeu qui, autrement, demeureraient dans l’ombre.


1
Michel Venne, «La participation donne confiance», dans Éthique publique, vol. 13, no 2, 2011, p. 67.
2 Laurence Bherer, «Les relations ambiguës entre participation et politiques publiques», dans Participations, vol. 1, no 1, 2011, p. 106.
3 Michel Venne, «Des citoyens responsables», dans Télescope, vol. 17, no 1, 2011.